UE–Mercosur : commerce stratégique ou pacte civilisationnel ?
par Dre. Mara Rute Lima Hercelin
Une négociation qui traverse les générations
Les négociations entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur ont commencé en 1999, en pleine hégémonie du libre-échange néolibéral, à un moment où les accords étaient présentés comme inévitables et rarement comme des choix politiques contestables (Ghiotto, 2020). Après des suspensions successives, des blocages et des reprises, les parties sont parvenues en 2019 à un « accord de principe » sur le pilier commercial du futur accord d’association birégional (Harrison, 2024).
Le monde, cependant, a changé rapidement. La crise financière de 2008, l’urgence climatique, la montée de l’extrême droite, la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine ont déplacé l’agenda : le commerce a cessé d’être un thème purement technique pour devenir une pièce d’une géopolitique du climat, de l’énergie et des chaînes de valeur (Mohammed, 2021). En 2023–2024, les deux côtés ont ressenti la nécessité de « rouvrir » l’accord afin d’ajouter un instrument complémentaire destiné à répondre aux critiques environnementales européennes et aux inquiétudes industrielles du Mercosur (Harrison & Paulini, 2025).
En décembre 2024, la Commission européenne et les quatre membres fondateurs du Mercosur ont annoncé un « accord politique » sur un texte jugé « amélioré » du Partenariat UE–Mercosur, relançant le processus de ratification (Institut Veblen, 2025). À partir de septembre 2025, Bruxelles a formellement présenté la proposition d’adoption de l’accord, accompagnée d’un règlement spécifique visant à « protéger les agriculteurs européens », incluant de nouvelles clauses de sauvegarde commerciale (Parlement européen, 2025a).
Depuis 2010, date à laquelle il a été créé précisément pour travailler à l’intersection entre éducation, politique internationale et durabilité, le CEAEDD/CAESE suit cette histoire. Lors de nos rencontres annuelles, l’accord UE–Mercosur a fonctionné comme baromètre des tensions entre libre-échange, protection de l’environnement et souveraineté des peuples. Presque quinze ans plus tard, nous arrivons au seuil d’une décision historique : transformer ce traité en un vecteur supplémentaire de dépendance – ou en laboratoire d’un modèle civilisationnel compatible avec les limites planétaires.
Un « méga-accord » : chiffres et asymétries
L’accord UE–Mercosur ambitionne de créer l’une des plus grandes zones de libre-échange du monde, couvrant environ 700 à 720 millions d’habitants et plus de 20 000 milliards de dollars de PIB cumulé (Parlement européen, 2025b). Plus de 90 % des lignes tarifaires seraient progressivement éliminées sur une décennie, avec des gains immédiats pour les secteurs industriels européens (automobile, chimie, pharmacie, machines) et pour les exportations agro-industrielles du Mercosur (bœuf, volaille, sucre, éthanol, soja transformé) (European Commission, 2023).
Mais les chiffres bruts masquent des déséquilibres structurels. L’UE exporte principalement des biens à haute intensité technologique et forte valeur ajoutée ; le Mercosur reste inséré dans les chaînes mondiales comme fournisseur de matières premières agricoles, de minerais et de certains biens industriels de moyenne technologie (Bouzas, 2002 ; De Oliveira, 2024). Sans mécanismes robustes de développement productif et d’industrialisation durable, le risque est de renforcer un schéma centre–périphérie : l’Europe capte la valeur technologique, l’Amérique du Sud fournit le sol, l’eau, la biomasse et la main-d’œuvre (Porto-Gonçalves, 2006).
Les dispositifs créés pour « équilibrer » cette asymétrie sont ambivalents. Le « mécanisme de rééquilibrage », introduit dans la version révisée de l’accord, est présenté comme un instrument donnant plus d’espace à la politique industrielle des pays du Mercosur, en permettant des ajustements tarifaires en cas de chocs ou de déséquilibres (Parlement européen, 2025b). Mais des analyses critiques soulignent que ce mécanisme, mal conçu, peut également être invoqué par l’UE pour exercer une pression sur les partenaires sud-américains, à partir d’interprétations unilatérales de « distorsions » ou de « non-respect » réglementaires (Ghiotto, 2020 ; Institut Veblen, 2025).
L’agriculture comme champ de bataille politique
Ce n’est pas un hasard si la France et d’autres pays européens ont fait de l’agriculture l’axe principal de l’opposition à l’accord. Des estimations indiquent des quotas d’environ 99 000 tonnes de viande bovine avec un droit de douane réduit à 7,5 %, en plus de volumes significatifs pour d’autres catégories de bovins et de 180 000 tonnes de volaille avec exemption tarifaire (Le Monde, 2023 ; European Parliament, 2025b). Pour le monde agricole européen, soumis depuis des décennies à la restructuration et à l’endettement, il s’agit d’une concurrence jugée asymétrique : exploitations plus grandes dans le Mercosur, coûts salariaux plus faibles, règles sanitaires et environnementales perçues comme moins strictes (Bureau, 2020).
Les protestations d’agriculteurs dans plusieurs pays de l’UE – en particulier en France, mais aussi en Irlande, Autriche, Pologne et Italie – ont placé l’accord au cœur d’une crise de légitimité du projet européen, déjà ébranlé par des traités antérieurs comme le CETA (Morin & Roch, 2018). Des dirigeants politiques s’affrontent désormais sur les récits : pour certains gouvernements, l’accord est un instrument géopolitique face à la Chine et aux États-Unis ; pour d’autres, il représente une menace pour l’agriculture familiale et le climat (Hertel, 2025).
Du côté du Mercosur, le tableau est tout aussi complexe. L’agrobusiness exportateur se présente comme le grand gagnant, mais l’intégration commerciale peut exacerber les tensions internes entre grands groupes dominants dans les chaînes de la viande et du soja, et agriculteurs familiaux ayant peu de capacité à satisfaire les exigences de traçabilité et de certification imposées par les acheteurs européens (De Medeiros, 2018). Des organisations paysannes et environnementales alertent sur le risque de « concentration verte » : seules de grandes entreprises seraient en mesure de combiner l’échelle productive avec la conformité réglementaire, captant la rente de la transition dite « durable » (Svampa, 2019 ; Bodemer, 2017).
Forêt, climat et droit : le conflit autour de la déforestation
S’il y a un point où l’accord UE–Mercosur est devenu symbole global, c’est dans la relation entre commerce et déforestation. Des ONG européennes et latino-américaines dénoncent depuis des années que l’augmentation des exportations de viande, de soja et de dérivés tend à accentuer la pression sur l’Amazonie et d’autres biomes, accélérant la déforestation et les émissions associées (Earth.Org, 2025 ; Greenpeace, 2025).
La réponse européenne a été l’adoption du Règlement sur les produits exempts de déforestation (EUDR), qui conditionne l’accès au marché de l’UE à la preuve que des produits comme le soja, la viande bovine, le café, le cacao, le bois, le caoutchouc et l’huile de palme ne sont pas liés à la destruction de forêts après le 31 décembre 2020 (European Commission, 2023 ; Johnston, 2025). Face à la forte réaction des pays exportateurs – y compris le Brésil – et de certains secteurs économiques en Europe, l’application du règlement a été repoussée pour les grandes entreprises et les PME (IISD, 2025 ; Bruegel, 2024).
La tension est évidente : tandis que l’UE revendique un rôle de « régulateur mondial » de la déforestation, des associations de producteurs au Brésil qualifient la mesure d’« ingérence » dans la souveraineté nationale, et considèrent l’articulation entre l’EUDR et l’accord UE–Mercosur comme une manière sophistiquée de conditionner la politique territoriale des pays du Sud aux intérêts des consommateurs européens (Nobre & Nunes, 2019 ; Rey, 2020).
L’instrument additionnel négocié en 2023–2024 tente d’accommoder ce conflit, en exigeant des engagements explicites avec l’Accord de Paris et la lutte contre la destruction des forêts tropicales, en plus de mécanismes de dialogue et de suivi conjoint (Harrison, 2024 ; Institut Veblen, 2025). Mais les critiques soulignent que l’architecture demeure fragile : les clauses environnementales insérées dans le chapitre « Commerce et développement durable » maintiennent des sanctions limitées, et restent souvent subordonnées à la logique du « rééquilibrage » commercial, plutôt qu’à des obligations effectives de réduction d’émissions (Harrison & Paulini, 2025).
Quand le « vert » devient champ de dispute
Dans des éditoriaux et analyses critiques, presse spécialisée et organisations de la société civile craignent que l’accord cristallise un modèle où le label de « durabilité » sert à légitimer l’expansion de flux commerciaux qui, en pratique, intensifient les pressions sur les forêts, les communautés traditionnelles et le climat global (Ghiotto, 2020 ; Earth.Org, 2025). L’UE, en incorporant des chapitres de « commerce et développement durable » dans ses accords – désormais standard dans les traités de « nouvelle génération » – promeut l’idée que le libre-échange peut être compatible avec des normes environnementales et sociales avancées (Harrison, 2024).
Le problème est que l’application de ces normes est souvent fragile, fondée sur des dialogues, des comités et des panels d’experts, mais rarement sur des sanctions concrètes (Morin & Jinnah, 2018). Du point de vue du Mercosur, il existe également un risque de greenwashing inversé : des mesures environnementales véritablement nécessaires sont instrumentalisées comme barrières non tarifaires contre les produits du Sud, sans révision correspondante des modèles de consommation européens. Il est plus facile d’exiger la traçabilité de la viande brésilienne que d’affronter la surconsommation de protéines animales dans l’UE ; plus simple de contrôler le soja importé que de questionner la concentration du pouvoir dans les mains de quelques géants de l’agroalimentaire (Lander, 2011 ; Svampa, 2019).
La dispute, par conséquent, n’est pas seulement technique : il s’agit de décider qui paie la facture de la transition écologique et qui définit, en dernière instance, ce qui est « durable ».
Secteurs stratégiques : énergie, automobiles, technologie
Énergie et climat
L’accord ne se limite pas à l’agroalimentaire. Il reconfigure, dans une perspective de décennies, les flux d’énergie, de biens industriels et de technologie entre les blocs. L’UE cherche à réduire sa dépendance aux combustibles fossiles et à diversifier ses fournisseurs, dans un contexte de crise géopolitique. Le Mercosur dispose, de son côté, d’un potentiel considérable en matière d’énergies renouvelables : hydraulique, éolienne, solaire, biomasse, éthanol et possibilité de produire de l’hydrogène vert à partir d’électricité propre (European Parliament, 2025c). L’accord pourrait encourager des investissements européens dans des chaînes de biocarburants avancés, de « carburants d’aviation durables » et de projets d’hydrogène. Mais sans garde-fous sociaux et territoriaux, ces investissements risquent de reproduire des logiques extractivistes et d’approfondir les conflits pour la terre et l’eau (Svampa, 2019 ; Porto-Gonçalves, 2017).
Automobile
Pour l’industrie automobile européenne, l’accès facilité aux marchés sud-américains est central dans un moment de transition vers les véhicules électriques et hybrides. Une réduction voire suppression des tarifs sur les voitures et pièces détachées européennes tend à renforcer la position dominante des grands constructeurs de l’UE (Bouzas, 2002 ; European Parliament, 2025b). Pour le Mercosur, les opportunités dépendront de sa capacité à exiger des contreparties : transfert de technologie, intégration dans les chaînes de batteries et de composants à haute valeur ajoutée, soutien à la reconversion des usines existantes. Sans cela, la région risque de rester un simple assembleur à faible contenu technologique, important une grande partie de la technologie verte qu’elle devrait développer localement.
Technologie et données
L’accord touche aussi, directement ou indirectement, aux services, achats publics et normes techniques. L’UE a avancé en matière de protection des données (RGPD) et de régulation de l’intelligence artificielle ; le Mercosur cherche encore une stratégie cohérente de souveraineté numérique. Sans politiques claires, l’ouverture commerciale peut faciliter la capture des marchés numériques sud-américains par des plateformes européennes ou nord-américaines, tandis que les données de biodiversité et d’usage des terres sont traitées comme un simple input gratuit, et non comme un patrimoine stratégique de la région (Brabandt, 2025).
Au-delà du marché : ce qui est en jeu pour le Mercosur
Pour le Mercosur, la question déterminante est de savoir si l’accord sera un instrument de développement ou seulement un vecteur d’expansion de la spécialisation primaire-exportatrice. La littérature critique latino-américaine a longtemps souligné les limites d’une intégration subordonnée au commerce, sans consolidation de capacités productives et scientifiques propres (Lander, 2011 ; Svampa, 2019). Aux moments de plus grande ambition politique, on a imaginé le Mercosur comme un projet d’intégration post-néolibéral, capable d’articuler politiques industrielles communes, mécanismes régionaux de protection sociale et une agenda tourné vers le bien-être des populations, et non seulement vers les flux de capitaux (Bodemer, 2017).
Aujourd’hui, cet horizon paraît lointain. Le risque est que le Mercosur accepte l’accord comme un « sceau de modernité », en renforçant un modèle de développement basé sur l’expansion des frontières agricoles, de la minéralisation des territoires et de l’exportation de ressources naturelles, tandis que la diversification productive, l’innovation en économie verte et la démocratisation des savoirs restent marginalisées (Rey, 2020).
Une véritable agenda de développement durable exigerait, au contraire :
- des politiques régionales de science, technologie et innovation en bioéconomie, énergie propre et agriculture à base agroécologique ;
- une protection active des peuples autochtones et des communautés traditionnelles comme sujets de droits et gardiens des biomes, et non comme « obstacles » à l’expansion productive ;
- des mécanismes de redistribution interne des rentes générées par le commerce, avec des investissements en éducation, santé, culture et infrastructures locales, en particulier dans les zones affectées par la reconfiguration des chaînes productives (Porto-Gonçalves, 2017 ; Svampa, 2019).
L’accord, tel qu’il est, n’empêche pas cette voie – mais il ne la garantit pas non plus. Il est compatible avec plusieurs projets de société, parfois radicalement contradictoires entre eux.
Ce que l’Union européenne a réellement à offrir au monde
Du côté européen, l’ambition officielle est double : se réaffirmer comme « puissance réglementaire verte » et comme défenseure d’une mondialisation « fondée sur des règles », en contraste avec l’unilatéralisme des États-Unis et l’ascension chinoise (Damro, 2012 ; Harrison, 2024). L’UE dispose d’instruments importants : capacité réglementaire en matière de climat et d’environnement, mécanismes de financement climatique, institutions scientifiques robustes, universités et centres de recherche très productifs en technologies vertes, ainsi qu’une expérience historique en mécanismes régionaux de solidarité (fonds de cohésion).
En théorie, elle pourrait utiliser l’accord pour exporter non seulement des produits, mais aussi des normes et des technologies permettant une transition juste. Le problème est que la cohérence interne de la politique européenne reste fragile : la même UE qui annonce des objectifs ambitieux de neutralité climatique négocie des accords susceptibles d’augmenter les importations de commodités associées à des émissions élevées ; elle approuve des règlements contre la déforestation, mais cède à la pression de lobbies pour retarder leur application (Bruegel, 2024 ; WRI, 2025).
Ce que l’UE peut offrir au monde, dans ce contexte, ce n’est pas un « modèle » tout fait, mais un champ d’expérimentation : la possibilité de tester, dans un accord concret, la compatibilité entre ouverture commerciale, objectifs climatiques, protection des agriculteurs et respect des droits humains – y compris les droits des peuples autochtones de l’Amazonie et d’autres régions directement affectées.
Un pont possible : UE–Mercosur comme laboratoire de développement durable
Si l’on veut penser l’accord UE–Mercosur comme un pont vers l’ambition d’un monde meilleur, il faut déplacer le centre de gravité du débat : des volumes de tonnes de viande et de voitures vers la qualité des institutions et des politiques construites autour de l’accord.
Ce pont n’aura de sens que si, des deux côtés, sont assumés des engagements allant au-delà du minimum inscrit dans le texte :
- Transition agroécologique et agriculture familiale comme axe prioritaire de coopération, avec financement européen et appui technique, mais formulation pilotée par les agriculteurs, les peuples autochtones et les communautés locales dans le Mercosur ;
- Partenariats en science et éducation, articulant universités, écoles techniques et programmes de formation continue pour créer des capacités régionales en bioéconomie, restauration écologique, gestion de l’eau, énergies renouvelables et technologies sociales ;
- Gouvernance climatique partagée, dans laquelle les décisions sur la déforestation, l’usage des sols et la protection de la biodiversité sont prises sur la base de la science indépendante et de la participation sociale, et non seulement de marchandages diplomatiques ;
- Coopération en souveraineté numérique, pour que les données environnementales et territoriales ne soient pas capturées gratuitement par des entreprises transnationales, mais intégrées à des politiques publiques de planification et de suivi des biomes ;
- Mécanismes de rééquilibrage social, avec des fonds de transition pour protéger les agriculteurs, travailleurs et communautés susceptibles de perdre des revenus suite à la réorganisation de certaines chaînes productives.
L’UE et le Mercosur pourraient ainsi offrir au monde un accord qui n’est pas seulement « vert » dans la forme, mais socialement enraciné, territorialement juste et politiquement transparent.
Regard de long terme : ce que nous avons appris depuis 2010
En tant qu’institution dédiée à l’éducation, à l’art et au développement durable, avec présence au Brésil et en France, le CEAEDD/CAESE a accompagné la trajectoire de l’accord UE–Mercosur depuis sa phase de promesse technocratique jusqu’à sa condition actuelle de symbole d’une véritable croisée des chemins planétaire. De nos séminaires dans les universités brésiliennes aux tables rondes sur le Plateau de Saclay, en passant par les dialogues avec des réseaux internationaux, nous avons vu l’accord passer du statut « d’appariement d’exportateurs » à celui de « test de cohérence climatique » (European Parliament, 2025a ; Ghiotto, 2020).
Cette historicité compte. Elle nous rappelle qu’aucun traité n’est inévitable. La forme que prendra l’accord – ou même la décision de le ratifier ou non – reste en débat dans les parlements, dans la rue, dans les organisations paysannes, dans les mouvements socioenvironnementaux, dans les universités et dans les instances multilatérales (Svampa, 2019 ; Bodemer, 2017).
Ce qui est en jeu, en fin de compte, n’est pas seulement un nouveau flux de marchandises entre l’Europe et l’Amérique du Sud, mais le type de monde que nous considérons désirable dans un contexte de crise écologique irréversible.
Conclusion : un accord à la hauteur du XXIe siècle ?
L’accord UE–Mercosur peut n’être qu’un chapitre de plus dans la longue histoire des asymétries entre centre et périphérie, réorganisée sous des labels verts. Il peut se convertir en traité qui élargit la liberté de mouvement des grands groupes économiques tout en restreignant la souveraineté des États, des communautés et des travailleurs (Lander, 2011 ; Earth.Org, 2025).
Mais il pourrait aussi, dans un autre scénario, fonctionner comme laboratoire d’un nouveau paradigme : un commerce subordonné à des objectifs climatiques et sociaux, une intégration qui préserve les forêts, renforce les agricultures de petite échelle, démocratise l’accès à la technologie et reconnaît les peuples autochtones et les communautés locales comme parties prenantes du développement – et non comme dommages collatéraux (Harrison, 2024 ; De Oliveira, 2024).
Entre ces possibilités, aucune n’est écrite à l’avance. Le « pont vers l’ambition d’un monde meilleur » ne sera pas construit par la rhétorique de Bruxelles ou de Brasília, mais par les choix concrets que les deux blocs feront maintenant : dans leurs lois, leurs budgets, leurs mécanismes de participation et de contrôle social.
Parler de développement durable, dans ce contexte, signifie exiger que l’accord cesse d’être seulement un projet d’exportation pour devenir effectivement un pacte civilisationnel – ou reconnaître, avec l’honnêteté que le moment impose, que nous avons laissé passer une occasion historique de plus.
Références
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