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Jeffiton Ramos – Nouveau Diplomate pour les BRICS au sein du CAESE|CEAEDD

À l’heure où les BRICS étendent leur présence au-delà des logiques de puissance classiques, une autre dynamique s’impose progressivement dans le champ diplomatique : celle de la médiation scientifique et de la gouvernance internationale. Le bloc, désormais élargi, ne se limite plus à reconfigurer les équilibres économiques mondiaux ; il ouvre aussi un espace stratégique où la production de connaissances, la régulation technique et les institutions émergentes jouent un rôle central.

C’est dans ce contexte qu’intervient le CAESE|CEAEDD, think tank de recherche et de formation sur l’éducation, l’innovation et la gouvernance durable, actif entre le Brésil et la France. Avec la création d’un Pôle consacré aux BRICS, l’institution franchit une étape importante : participer à la construction d’agendas internationaux fondés sur l’expertise, la coopération scientifique et l’analyse stratégico-institutionnelle.
La nomination du Dr. Jeffiton Ramos comme Diplomate pour les BRICS s’inscrit précisément dans cette perspective.

1. Quelle est exactement votre formation et votre domaine d’activité en Droit, et comment cela dialogue-t-il avec la géopolitique et les relations internationales ?

Ma formation initiale est en Administration, complétée par un MBA en Finance, puis par un cursus en Droit, couronné par un Master en Droit Public. Trente années d’expérience m’ont conduit à exercer dans ces deux domaines. Au cours des dernières années, mon travail s’est intensivement orienté vers le marché international des commodités, domaine où le droit international n’est pas accessoire, mais structurant. Ce contact constant avec des acteurs politiques et économiques en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient m’a permis d’observer de près la dynamique géopolitique contemporaine. Au-delà des normes, j’ai pu expérimenter comment les relations diplomatiques se matérialisent au quotidien, dans les transactions, les régulations et les arbitrages internationaux.


2. Cette transformation professionnelle — du droit traditionnel vers une vision stratégique des BRICS — est-elle aujourd’hui courante chez les juristes ?

Elle tend à se généraliser, car le droit ne suffit plus à expliquer les forces qui organisent le monde. Les grands processus de transformation contemporains dépassent les frontières juridiques et s’inscrivent dans des dynamiques globales où l’économie, la gouvernance internationale et la gestion de risques systémiques deviennent interdépendantes. Le juriste qui s’en tient aux textes perd la capacité d’anticiper, alors que l’environnement global exige aujourd’hui de comprendre les flux économiques, les infrastructures, les régulations et leurs impacts sur les souverainetés nationales. La relation entre droit et géopolitique n’est donc plus une option spécialisée : elle s’impose comme compétence structurelle.


3. Pour ceux qui nous écoutent et ne comprennent pas encore totalement : que représentent les BRICS aujourd’hui ?

Les BRICS ne doivent plus être perçus comme un simple regroupement de pays émergents. Ils configurent désormais un espace de coopération qui articule investissements productifs, innovation, finance internationale et régulations techniques capables de créer d’autres circuits économiques possibles. Dans un contexte où de nombreux États cherchent à réduire leur dépendance stratégique, les BRICS constituent une zone où l’avenir de l’économie mondiale se négocie, se teste et se redessine.


4. Les BRICS représentent-ils une nouvelle géopolitique ?

Ils incarnent une forme de géopolitique fondée non plus sur la puissance militaire, mais sur la circulation de capitaux, l’infrastructure, les ressources stratégiques et les technologies. C’est un déplacement important : la reconfiguration actuelle ne passe pas par l’occupation de territoires, mais par la maîtrise de chaînes productives, de régimes de régulation et de systèmes énergétiques et financiers capables d’influer sur l’ordre mondial. Les BRICS+, dans cette perspective, ne contestent pas seulement l’hégémonie existante ; ils cherchent à produire des alternatives.


5. Qu’est-ce qui a motivé l’expansion récente du groupe et quelles sont les prochaines tendances d’adhésion ?

L’élargissement répond à la volonté de diversifier les flux économiques, de consolider des routes logistiques et d’intégrer des acteurs producteurs d’énergie, de minerais et d’innovation. Le Sud global, longtemps consommateur de normes, revendique désormais un rôle dans leur production. À l’avenir, l’adhésion ne se fera pas par affinité idéologique, mais selon la capacité à jouer un rôle productif, énergétique et réglementaire au sein d’une architecture multipolaire. Les BRICS+ tendent donc à se structurer comme un pôle géo-institutionnel en expansion sélective.


6. Quel est le rôle du Brésil au sein des BRICS ?

Le Brésil occupe une position singulière : celle d’un médiateur doté d’un poids environnemental et énergétique considérable, sans ambition hégémonique. Il ne se définit ni comme suiveur, ni comme centre dominant, mais comme espace de modération stratégique. Sa diplomatie s’appuie sur la diversification des partenariats, le pragmatisme économique et la capacité à composer avec des agendas pluriels. Par sa posture, le pays contribue à stabiliser les relations au sein du bloc et à favoriser la construction d’un ordre multipolaire moins conflictuel.


7. Comment le Brésil utilise-t-il les BRICS pour renforcer sa position économique et politique dans le monde ?

Les BRICS permettent au Brésil d’accéder à des financements stratégiques, d’élargir son commerce extérieur et de réduire sa dépendance face à des centres traditionnels de décision. Sur le plan politique, cette participation renforce son poids diplomatique et sa capacité à défendre des réformes dans les institutions multilatérales. En circulant entre les pôles de pouvoir, le Brésil consolide une diplomatie d’équilibre qui valorise la modération comme position stratégique, et non comme neutralité passive.


8. Pourquoi avons-nous besoin d’une diplomatie spécifique pour les BRICS ?

Parce que le bloc articule un ensemble d’intérêts hétérogènes — énergétiques, productifs, technologiques et financiers — qui ne peuvent être traités par les instruments traditionnels de la diplomatie bilatérale. Une diplomatie propre aux BRICS exige une expertise technique, une continuité institutionnelle et une capacité de médiation permanente. Elle ne s’exerce pas au nom de blocs idéologiques, mais à travers un langage scientifique et stratégique qui permet de coordonner des agendas sans unité politique rigide.


9. Quels sont les principaux défis d’articulation internationale pour ce nouveau pôle du CAESE|CEAEDD ?

Ils se situent dans quatre domaines : d’abord, la gouvernance institutionnelle, qui doit assurer la continuité et la rigueur des décisions ; ensuite, l’insertion internationale, afin que les recherches produites puissent dialoguer avec les acteurs stratégiques ; puis la production scientifique transnationale, essentielle pour légitimer les études du Centre dans les émergences globales ; finalement, la construction d’une crédibilité capable d’inscrire le CAESE|CEAEDD dans les circuits d’expertise reconnus autour des BRICS+.


10. Comment voyez-vous le dialogue interinstitutionnel avec les universités, centres de recherche et gouvernements des pays membres ?

Ce dialogue doit être fondé sur la coopération scientifique, et non sur des protocoles formels sans continuité. Produire ensemble, partager des laboratoires, créer des observatoires multilatéraux et soutenir des politiques publiques permet de transformer la diversité du bloc en complémentarité productive. La diplomatie scientifique, lorsqu’elle est rigoureuse et neutre, devient un instrument de gouvernance internationale plutôt qu’un simple outil de communication.


11. Quelles missions officielles sont prévues pour 2025–2026 ?

Elles visent à renforcer la diplomatie scientifique du CAESE|CEAEDD au sein des BRICS+, par la signature d’accords universitaires, la création de laboratoires collaboratifs, la mise en place d’observatoires, ainsi que par la participation à des agendas liés à l’énergie, à l’innovation, à la sécurité alimentaire et à l’éducation numérique. Ces missions ne cherchent pas seulement à représenter l’institution, mais à produire des dispositifs de coopération durable.


12. Le CAESE|CEAEDD prévoit également des formations spécialisées sur les BRICS. Pour qui sont-elles destinées ?

Elles s’adressent aux chercheurs, étudiants et acteurs publics intéressés par la diplomatie scientifique, la géo-économie, l’innovation institutionnelle et les politiques publiques globales, ainsi qu’aux entreprises impliquées dans le commerce extérieur et les chaînes productives. Leur objectif est d’offrir des outils intellectuels et techniques permettant de comprendre la multipolarité non comme un discours politique, mais comme une réalité opérationnelle.


13. Quels sont les plus grands défis économiques des BRICS dans les prochaines années ?

Les asymétries technologiques, les différences de régulation fiscale, les reconfigurations des chaînes de valeur, les tensions géopolitiques liées à la haute technologie, la dédollarisation progressive et la dépendance aux commodités constituent les principaux défis. Le bloc devra renforcer ses instruments financiers propres et stabiliser ses mécanismes d’intégration productivo-énergétique s’il souhaite consolider ses ambitions multipolaires.


14. Et sur le plan politique, quel est le plus grand défi selon vous ?

Transformer une pertinence économique avérée en coordination politique réelle, malgré des rivalités internes — notamment entre puissances régionales ayant des intérêts stratégiques distincts. L’absence d’institutions politiques robustes limite encore la capacité des BRICS+ à agir comme bloc régulateur. Leur succès dépendra moins de l’expansion du groupe que de la mise en place d’instances capables de gouverner cette diversité.


15. Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui souhaite travailler dans la diplomatie et la géopolitique ?

Je lui recommanderais de se former dans plusieurs disciplines — économie, histoire, droit, relations internationales, technologie — afin de comprendre que la diplomatie ne se réduit ni aux négociations ni aux traités, mais s’exerce aussi dans la production de connaissances et dans l’analyse des risques globaux. La maîtrise de langues stratégiques, notamment l’anglais et le français, ouvre l’accès aux réseaux académiques et à la circulation des idées. La diplomatie exige moins de vitesse que de constance : c’est à travers la rigueur intellectuelle, l’apprentissage méthodique et la patience d’un parcours cohérent que l’on acquiert une réelle crédibilité.

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