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La pédagogie de l’eau : éduquer pour résister à la marchandisation du vivant

Buenos Aires, Argentina, on the coast of Rio de La Plata
Buenos Aires, Argentina, on the coast of Rio de La Plata by NASA Johnson is licensed under CC-BY-NC-ND 2.0

Par , Centre d’Études Avancées en Éducation et Développement Durable (CEAEDD)

La crise de l’eau n’est plus une question environnementale. Elle devient la nouvelle fracture politique, économique et sociale de notre siècle. Entre ceux qui l’exploitent et ceux qui luttent pour y accéder, l’eau constitue désormais un champ de pouvoir, redéfinissant les frontières de la souveraineté, de la démocratie et même de la dignité humaine.

Dans ce contexte d’extractivisme liquide — aggravé par le changement climatique — la question essentielle n’est pas « comment obtenir plus d’eau ? » mais « qui décide qui peut y accéder ? ». Cette interrogation, au cœur du webinaire de l’UNESCO “The Role of Water Education and Capacity Development in a Changing World”, révèle un paradoxe dérangeant : les solutions techniques n’éliminent pas l’injustice hydrique ; elles peuvent l’amplifier lorsqu’elles sont mises au service de logiques marchandes.

L’éducation à l’eau ne peut donc être neutre. Elle doit devenir un outil de résistance.


L’eau comme territoire politique

La rhétorique globale sur la rareté masque un fait central : la pénurie ne résulte pas seulement de la nature, mais d’une distribution inégale et souvent privatisée du vivant. La Banque mondiale elle-même admet que 80 % des pays souffrant de stress hydrique connaissent une gestion défaillante de l’eau avant même un manque physique de ressources. Dans plusieurs régions du monde, l’eau qui manque aux populations existe, mais elle est détournée vers l’agro-exportation, l’industrie minière ou les concessions privées.

L’enjeu n’est donc pas seulement hydrologique. Il est démocratique. Là où l’ignorance avance, la privatisation prospère. Là où le savoir s’organise, les communautés résistent.


La pédagogie de l’eau comme stratégie de souveraineté

Selon l’UNESCO, « la culture de l’eau » (water culture) doit constituer l’axe majeur de la décennie 2021-2030 dédiée à la science océanique et à l’ODD 6 (eau et assainissement pour tous). Cette culture implique l’intégration conjointe :

  • des savoirs scientifiques,
  • des technologies éthiques,
  • des droits humains,
  • des connaissances locales, y compris autochtones,
  • de la participation des femmes et des jeunes dans la gouvernance de l’eau.

La présence du CEAEDD à cet événement international s’inscrit précisément dans cette vision. Notre institution a réaffirmé son engagement à former des acteurs capables de lier justice hydrique, éducation critique et gouvernance durable des ressources aquatiques, en France et dans les pays partenaires. En ce sens, l’eau ne peut être dissociée de l’éducation citoyenne, ni séparée des luttes sociales.


Éduquer, non pas pour exploiter, mais pour préserver

Cette approche éducative transforme l’eau en un droit politique, un patrimoine collectif et une responsabilité intergénérationnelle. Elle exige que les politiques publiques intègrent :

🔹 la participation communautaire à la gestion des bassins et océans ;
🔹 la protection juridique contre la spéculation sur les ressources hydriques ;
🔹 l’accès ouvert à l’information, aux données et aux technologies ;
🔹 la reconnaissance des savoirs locaux comme ressources stratégiques, et non folkloriques.

Sans cette démocratisation, l’innovation risque d’alimenter un nouvel autoritarisme hydrique. Avec elle, la technologie devient un levier de justice.


Pour une éthique mondiale de l’eau

L’avenir de la gouvernance de l’eau exige une éthique du bien commun. Face à la montée des crises climatiques, la pédagogie de l’eau ne peut être accessoire : elle devient un projet civilisateur. L’éducation hydrique est une défense du vivant. Elle forme des citoyens capables non seulement de préserver l’eau, mais de la protéger contre sa marchandisation.

Protéger l’eau, c’est protéger la démocratie.
Éduquer à l’eau, c’est garantir l’avenir.


📚 Références

  • UNESCO-IHP. The Role of Water Education and Capacity Development in a Changing World. Webinaire international, 2024.
  • UNESCO. Décennie des sciences océaniques au service du développement durable (2021-2030), Programme des Nations Unies, Paris, 2021.
  • Banque mondiale. High and Dry: Climate Change, Water and the Economy, Washington, 2016.
  • FAO. Water Scarcity and Sustainable Agriculture in Semi-Arid Regions, Rome, 2019.

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